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作者:法-Hector Malot 当前章节:15387 字 更新时间:2026-6-15 17:07

-- Quelles sont ces machines?»

La question posée et la réponse reçue en anglais, Perrine hésita.

«Pourquoi hésites-tu? demanda vivement M. Vulfran d’un ton impatient.

-- Parce que c’est un mot de métier que je ne connais pas.

-- Dis ce mot en anglais.

-- Hydraulic mangle.

-- C’est bien cela.»

Il répéta le mot en anglais, mais avec un tout autre accent que les ouvriers, ce qui expliquait qu’il n’eût pas

compris ceux-ci lorsqu’ils l’avaient prononcé; puis s’adressant au directeur:

«Vous voyez que les Aveline nous ont devancés; nous n’avons donc pas de temps à perdre: je vais

télégraphier à Fabry de revenir au plus vite; mais en attendant il nous faut décider ces gaillards-là à se mettre

au travail. Demande-leur, petite, pourquoi ils se croisent les bras.»

Elle traduisit la question, à laquelle celui qui paraissait le chef fit une longue réponse.

«Eh bien? demanda M. Vulfran.

-- Ils répondent des choses très compliquées pour moi.

-- Tâche cependant de me les expliquer.

-- Ils disent que le plancher n’est pas assez solide pour porter leur machine qui pèse cent vingt mille livres...»

Elle s’interrompit pour interroger les ouvriers en anglais:

«One hundred and twenty?

-- Yes.

-- C’est bien cent vingt mille livres, et que ce poids crèverait le plancher, la machine travaillant.

-- Les poutres ont soixante centimètres de hauteur.»

Elle transmit l’objection, écouta la réponse des ouvriers, et continua:

«Ils disent qu’ils ont vérifié l’horizontalité du plancher et qu’il a fléchi. Ils demandent qu’on fasse le calcul de

résistance, ou qu’on place des étais sous le plancher.

-- Le calcul, Fabry le fera à son retour; les étais, on va les placer tout de suite. Dis-leur cela. Qu’ils se mettent

donc au travail sans perdre une minute. On leur donnera tous les ouvriers dont ils peuvent avoir besoin:

charpentiers, maçons. Ils n’auront qu’à demander en s’adressant à toi qui seras à leur disposition, n’ayant qu’à

transmettre leurs demandes à M. Benoist.»

En famille, by Hector Malot

Elle traduisit ces instructions aux ouvriers, qui parurent satisfaits quand elle dit qu’elle serait leur interprète.

«Tu vas donc rester ici, continua M. Vulfran; on te donnera une fiche pour ta nourriture et ton logement à

l’auberge, où tu n’auras rien à payer. Si l’on est content de toi, tu recevras une gratification au retour de M.

Fabry.»

XXIV

Interprète, le métier valait mieux que celui de rouleuse: ce fut en cette qualité que, la journée finie, elle

conduisit les monteurs à l’auberge du village, où elle arrêta un logement pour eux et pour elle, non dans une

misérable chambrée, mais dans une chambre où chacun serait chez soi. Comme ils ne comprenaient pas et ne

disaient pas un seul mot de français, ils voulurent qu’elle mangeât avec eux, ce qui leur permit de commander

un dîner qui eût suffi, à nourrir dix Picards, et qui par l’abondance des viandes ne ressemblait en rien au festin

cependant si plantureux que, la veille, Perrine offrait à Rosalie.

Cette nuit-là ce fut dans un vrai lit qu’elle s’étendit et dans de vrais draps qu’elle s’enveloppa, cependant le

sommeil fut long, très long à venir; encore lorsqu’il finit par fermer ses paupières, fut-il si agité qu’elle se

réveilla cent fois. Alors elle s’efforçait de se calmer en se disant qu’elle devait suivre la marche des

événements sans chercher à les deviner heureux ou malheureux; qu’il n’y avait que cela de raisonnable; que

ce n’était pas quand les choses semblaient prendre une direction si favorable qu’elle pouvait se tourmenter;

enfin qu’il fallait attendre; mais les plus beaux discours, quand on se les adresse à soi-même, n’ont jamais fait

dormir personne, et même plus ils sont beaux plus ils ont chance de nous tenir éveillés.

Le lendemain matin, quand le sifflet de l’usine se fit entendre, elle alla frapper aux portes des deux monteurs,

pour leur annoncer qu’il était l’heure de se lever; mais des ouvriers anglais n’obéissent pas plus au sifflet qu’à

la sonnette, sur le continent au moins, et ce ne fut qu’après avoir fait une toilette que ne connaissent pas les

Picards, et après avoir absorbé de nombreuses tasses de thé, avec de copieuses rôties bien beurrées, qu’ils se

rendirent à leur travail, suivis de Perrine qui les avait discrètement attendus devant la porte, en se demandant

s’ils en finiraient jamais, et si M. Vulfran ne serait pas à l’usine avant eux.

Ce fut seulement dans l’après-midi qu’il vint accompagné d’un de ses neveux, le plus jeune, M. Casimir, car,

ne pouvant pas voir avec ses yeux voilés, il avait besoin qu’on vit pour lui.

Mais ce fut un regard dédaigneux que Casimir jeta sur le travail des monteurs, qui, à vrai dire, ne consistait

encore qu’en préparation:

«Il est probable que ces garçons-là ne feront pas grand’chose tant que Fabry ne sera pas de retour, dit-il; au

reste il n’y a pas à s’en étonner avec le surveillant que vous leur avez donné.»

Il prononça ces derniers mots d’un ton sec et moqueur; mais M. Vulfran, au lieu de s’associer à cette raillerie,

la prit par le mauvais côté.

«Si tu avais été en état de remplir cette surveillance, je n’aurais pas été obligé de prendre cette petite aux

cannetières.»

Perrine le vit se cabrer d’un air rageur sous cette observation faite d’une voix sévère, mais Casimir se contint

pour répondre presque légèrement:

«Il est certain que si j’avais pu prévoir qu’on me ferait un jour quitter l’administration, pour l’industrie,

j’aurais appris l’anglais plutôt que l’allemand.

-- Il n’est jamais trop tard pour apprendre», répliqua M. Vulfran de façon à clore cette discussion où de

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chaque côté les paroles étaient parties si vite.

Perrine s’était faite toute petite, sans oser bouger, mais Casimir ne tourna pas les yeux vers elle, et presque

aussitôt il sortit donnant le bras à son oncle; alors elle fut libre de suivre ses réflexions: il était vraiment dur

avec son neveu, M. Vulfran, mais combien le neveu était-il rogue, sec et déplaisant! S’ils avaient de

l’affection l’un pour l’autre, certes il n’y paraissait guère! Pourquoi cela? Pourquoi le jeune homme n’était-il

pas affectueux pour le vieillard accablé par le chagrin et la maladie? Pourquoi le vieillard était-il si sévère

avec l’un de ceux qui remplaçaient son fils auprès de lui?

Comme elle tournait ces questions, M. Vulfran rentra dans l’atelier, amené cette fois par le directeur, qui,

l’ayant fait asseoir sur une caisse d’emballage, lui expliqua où en était le travail des monteurs.

Après un certain temps, elle entendit le directeur appeler à deux reprises:

«Aurélie! Aurélie!»

Mais elle ne bougea pas, ayant oublié qu’Aurélie était le nom qu’elle s’était donné.

Une troisième fois il cria:

«Aurélie!»

Alors, comme si elle s’éveillait en sursaut, elle courut à eux:

«Est-ce que tu es sourde? demanda Benoist.

-- Non, monsieur; j’écoutais les monteurs.

-- Vous pouvez me laisser», dit M. Vulfran au directeur.

Puis, quand celui-ci fut parti, s’adressent à Perrine restée debout devant lui:

«Tu sais lire, mon enfant?

-- Oui, monsieur.

-- Lire l’anglais?

-- Comme le français; l’un ou l’autre, cela m’est égal.

-- Mais sais-tu en lisant l’anglais le mettre en français?

-- Quand ce ne sont pas de belles phrases, oui, monsieur.

-- Des nouvelles dans un journal?

-- Je n’ai jamais essayé, parce que si je lisais un journal anglais je n’avais pas besoin de me le traduire à

moi-même, puisque je comprends ce qu’il dit.

-- Si tu comprends, tu peux traduire.

-- Je crois que oui, monsieur, cependant je n’en suis pas sûre,

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-- Eh bien nous allons essayer; pendant que les monteurs travaillent, mais après les avoir prévenus que tu

restes à leur disposition et qu’ils peuvent t’appeler s’ils ont besoin de toi, tu vas tâcher de me traduire dans ce

journal les articles que je t’indiquerai. Va les prévenir et reviens t’asseoir près de moi.»

Quand, sa commission faite, elle se fut assise à une distance respectueuse de M. Vulfran, il lui tendit son

journal: le Dundee News.

«Que dois-je lire? demanda-t-elle en le dépliant.

-- Cherche la partie commerciale.»

Elle se perdit dans les longues colonnes noires qui se succédaient indéfiniment, anxieuse, se demandant

comment elle allait se tirer de ce travail nouveau pour elle, et si M. Vulfran ne s’impatienterait pas de sa

lenteur, ou ne se fâcherait pas de sa maladresse.

Mais au lieu de la bousculer il la rassura, car avec sa finesse d’oreille si subtile chez les aveugles, il avait

deviné son émotion au tremblement du papier:

«Ne te presse pas, nous avons le temps; d’ailleurs tu n’as peut- être jamais lu un journal commercial.

-- Il est vrai monsieur.»

Elle continua ses recherches et tout à coup elle laissa échapper un petit cri.

«Tu as trouvé?

-- Je crois.

-- Maintenant cherche la rubrique: Linen, hemp, jute, sacks twine.

-- Mais, monsieur, vous savez l’anglais! s’écria-t-elle involontairement.

-- Cinq ou six mots de mon métier, et c’est tout, malheureusement.»

Quand elle eut trouvé, elle commença sa traduction, qui fut d’une lenteur désespérante pour elle, avec des

hésitations, des ânonnements, qui lui faisaient perler la sueur sur les mains, bien que M. Vulfran de temps en

temps la soutint:

«C’est suffisant, je comprends, va toujours.»

Et elle reprenait, élevant la voix quand les mécaniciens menaçaient de l’étouffer dans leurs coups de marteau.

Enfin elle arriva au bout.

«Maintenant, vois s’il y a des nouvelles de Calcutta?»

Elle chercha.

«Oui, voilà: «De notre correspondant spécial.»

-- C’est cela; lis.

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-- «Les nouvelles que nous recevons de Dakka...»

Elle prononça ce nom avec un tremblement de voix qui frappa M. Vulfran.

«Pourquoi trembles-tu? demanda-t-il.

-- Je ne sais pas si j’ai tremblé; sans doute c’est l’émotion.

-- Je t’ai dit de ne pas te troubler; ce que tu donnes est beaucoup plus que ce que j’attendais.»

Elle lut la traduction de la correspondance de Dakka qui traitait de la récolte du jute sur les rives du

Brahmapoutra; puis, quand elle eut fini, il lui dit de chercher aux nouvelles de mer si elle trouvait une dépêche

de Sainte-Hélène.

«Saint Helena est le mot anglais», dit-il.

Elle recommença à descendre et à monter les colonnes noires; enfin le nom de. Saint Helena lui sauta aux

yeux:

«Passé le 23, navire anglais Alma de Calcutta pour Dundee; le 24, navire norvégien Grundloven de

Naraïngaudj pour Boulogne.»

Il parut satisfait:

«C’est très bien, dit-il, je suis content de toi.

Elle eût voulu répondre, mais de peur que sa voix trahît son trouble de joie, elle garda le silence.

Il continua:

«Je vois qu’en attendant que ce pauvre Bendit soit guéri je pourrai me servir de toi.»

Après s’être fait rendre compte du travail accompli par les monteurs, et avoir répété à ceux-ci ses

recommandations de se hâter autant qu’ils pourraient, il dit à Perrine de le conduire au bureau du directeur.

«Est-ce que je dois vous donner la main? demanda-t-elle timidement.

-- Mais certainement, mon enfant, comment me guiderais-tu sans cela? Avertis-moi aussi quand nous

trouverons un obstacle sur notre chemin; surtout ne sois pas distraite.

-- Oh! je vous assure, monsieur, que vous pouvez avoir confiance en moi!

-- Tu vois bien que je l’ai cette confiance.»

Respectueusement elle lui prit la main gauche, tandis que de la droite il tâtait l’espace devant lui du bout de sa

canne.

À peine sortis de l’atelier ils trouvèrent devant eux la voie du chemin de fer avec ses rails en saillie, et elle

crut devoir l’en avertir.

«Pour cela c’est inutile, dit-il, j’ai le terrain de toutes mes usines dans la tête et dans les jambes, mais ce que je

ne connais pas, ce sont les obstacles imprévus que nous pouvons rencontrer; c’est ceux-là qu’il faut me

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signaler ou me faire éviter.»

Ce n’était pas seulement le terrain de ses usines qu’il avait dans la tête, c’était aussi son personnel; quand il

passait dans les cours, les ouvriers le saluaient, non seulement en se découvrant comme s’il eût pu les voir,

mais encore en prononçant son nom:

«Bonjour, monsieur Vulfran.»

Et pour un grand nombre, au moins pour les anciens, il répondait de la même manière: «Bonjour, Jacques», ou

«bonjour, Pascal», sans que son oreille eût oublié leur voix. Quand il y avait hésitation dans sa mémoire, ce

qui était rare, car il les connaissait presque tous, il s’arrêtait:

«Est-ce que ce n’est pas toi?» disait-il en le nommant.

S’il s’était trompé, il expliquait pourquoi.

Marchant ainsi lentement, le trajet fut long des ateliers au bureau; quand elle l’eut conduit à son fauteuil, il la

congédia:

«À demain», dit-il.

XXV

En effet, le lendemain à la même heure que la veille, M. Vulfran entra dans l’atelier, amené par le directeur,

mais Perrine ne put pas aller au-devant de lui, comme elle l’aurait voulu, car elle était à ce moment occupée à

transmettre les instructions du chef monteur aux ouvriers qu’il avait réunis: maçons, charpentiers, forgerons,

mécaniciens, et nettement, sans hésitations, sans répétitions, elle traduisait à chacun les indications qui lui

étaient données, en même temps qu’elle répétait au chef monteur les questions ou les objections que les

ouvriers français lui adressaient.

Lentement, M. Vulfran s’était approché, et les voix s’interrompant, de sa canne il avait fait signe de continuer

comme s’il n’était pas là.

Et pendant que Perrine obéissante se conformait à cet ordre, il se penchait vers le directeur:

«Savez-vous que cette petite ferait un excellent ingénieur, dit-il à mi-voix, mais pas assez bas cependant pour

que Perrine ne l’entendit point.

-- Positivement elle est étonnante pour la décision.

-- Et pour bien d’autres choses encore, je crois; elle m’a traduit hier le Dundee News plus intelligemment que

Bendit; et c’était la première fois qu’elle lisait la partie commerciale d’un journal.

-- Sait-on ce qu’étaient ses parents?

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