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作者:法-Hector Malot 当前章节:15437 字 更新时间:2026-6-15 17:07

arriver à Maraucourt dans cette roulotte, ni nous montrer dans ces guenilles, cette jupe pour toi, cette robe

pour moi? Mais en même temps qu’il fallait prévoir cela, il fallait aussi combiner des moyens pour trouver

des ressources, et ma tête si faible ne m’offrait que des chimères, surtout l’attente du lendemain, comme si ce

lendemain devait accomplir des miracles pour nous: je serais guérie, nous ferions une grosse recette; les

illusions des désespérés qui ne vivent plus que de leurs rêves. C’était folie, la raison a parlé par ta bouche: je

ne serai pas guérie demain, nous ne ferons pas une grosse, ni une petite recette, il faut donc vendre la voiture

et ce qu’elle contient. Mais ce n’est pas tout encore; il faut aussi que nous nous décidions à vendre...»

Il y eut une hésitation et un moment de silence pénible.

«Palikare", dit Perrine.

-- Tu y avais pensé?

-- Si j’y avais pensé! Mais je n’osais pas le dire, et depuis que l’idée me tourmentait que nous serions forcées

un jour ou l’autre de le vendre, je n’osais même pas le regarder, de peur qu’il ne devine que nous pouvions

nous séparer de lui, au lieu de le conduire à Maraucourt où il aurait été si heureux, après tant de fatigues.

-- Savons-nous seulement si nous-mêmes nous serons reçues à Maraucourt! Mais enfin, comme nous n’avons

que cela à espérer et que, si nous sommes repoussées, il ne nous restera plus qu’à mourir dans un fossé de la

route, il faut coûte que coûte que nous allions à Maraucourt, et que nous nous y présentions de façon à ne pas

faire fermer les portes devant nous...

-- Est-ce que c’est possible, cela maman? Est-ce que le souvenir de papa ne nous protégerait pas? lui qui était

si bon! Est-ce qu’on reste fâché contre les morts?

-- Je te parle d’après les idées de ton père, auxquelles nous devons obéir. Nous vendrons donc et la voiture et

Palikare. Avec l’argent que nous en tirerons, nous appellerons un médecin; qu’il me rende des forces pour

quelques jours, c’est tout ce que je demande. Si elles reviennent, nous achèterons une robe décente pour toi,

une pour moi, et nous prendrons le chemin de fer pour Maraucourt, si nous avons assez d’argent pour aller

jusque-là; sinon nous irons jusqu’où nous pourrons, et nous ferons le reste du chemin à pied.

-- Palikare est un bel âne; le garçon qui m’a parlé à la barrière me le disait tantôt. Il est dans un cirque, il s’y

connaît; et c’est parce qu’il trouvait Palikare beau, qu’il m’a parlé.

-- Nous ne savons pas la valeur des ânes à Paris, et encore moins celle que peut avoir un âne d’Orient. Enfin,

nous verrons, et puisque notre parti est arrêté, ne parlons plus de cela: c’est un sujet trop triste, et puis je suis

fatiguée.»

En effet, elle paraissait épuisée, et plus d’une fois elle avait dû faire de longues pauses pour arriver à bout de

ce qu’elle voulait dire.

«As-tu besoin de dormir?

-- J’ai besoin de m’abandonner, de m’engourdir dans la tranquillité, du parti pris et l’espoir d’un lendemain.

-- Alors, je vais te laisser pour ne pas te déranger, et comme il y a encore deux heures de jour, je vais en

profiter pour laver notre linge. Est-ce que ça ne te paraîtra pas bon d’avoir demain une chemise fraîche?

En famille, by Hector Malot

-- Ne te fatigue pas.

-- Tu sais bien que je ne suis jamais fatiguée.»

Après avoir embrassé sa mère, elle alla de-ci de-là dans la roulotte, vivement, légèrement; prit un paquet de

linge dans un petit coffre ou il était enfermé, le plaça dans une terrine; atteignit sur une planche un petit

morceau de savon tout usé, et sortit emportant le tout. Comme après que le riz avait été cuit, elle avait empli

d’eau sa casserole, elle trouva cette eau chaude et put la verser sur son linge. Alors, s’agenouillant dons

l’herbe, après avoir ôté sa veste, elle commença a savonner, à frotter, et sa lessive ne se composant en réalité

que de deux chemises, de trois mouchoirs, de deux paires de bas, il ne lui fallait pas deux heures pour que fût

tout lavé, rincé et étendu sur des ficelles entre la roulotte et la palissade.

Pendant qu’elle travaillait, Palikare attaché, à une courte distance d’elle, l’avait plusieurs fois regardée

comme pour la surveiller, mais sans rien de plus. Quand il vit qu’elle avait fini, il allongea le cou vers elle et

poussa cinq ou six braiments qui étaient des appels impérieux.

«Crois-tu que je t’oublie?» dit-elle.

Elle alla à lui, le changea de place et lui apporta à boire dans sa terrine qu’elle avait soigneusement rincée,

car s’il se contentait de toutes les nourritures qu’on lui donnait ou qu’il trouvait lui-même, il était au

contraire très difficile pour sa boisson, et n’acceptait que de l’eau pure dans des vases propres ou le bon vin

qu’il aimait par-dessus tout.

Mais cela fait, au lieu de le quitter, elle se mit à le flatter de la main en lui disant des paroles de tendresse

comme une nourrice à son enfant, et l’âne, qui tout de suite s’était jeté sur l’herbe nouvelle, s’arrêta de

manger pour poser sa tête contre l’épaule de sa petite maîtresse et se faire mieux caresser: de temps en temps

il inclinait vers elle ses longues oreilles et les relevait avec des frémissements qui disaient sa béatitude.

Le silence s’était fait dans l’enclos maintenant fermé, ainsi que dans les rues désertes du quartier, et on

n’entendait plus, au loin, qu’un sourd mugissement sans bruits distincts, profond, puissant, mystérieux comme

celui de la mer, la respiration et la vie de Paris qui continuaient actives et fiévreuses malgré la nuit tombante.

Alors, dans la mélancolie du soir, l’impression de ce qui venait de se dire étreignit Perrine plus fort, et,

appuyant sa tête à celle de son âne, elle laissa couler les larmes qui depuis si longtemps l’étouffaient, tandis

qu’il lui léchait les mains.

III

La nuit de la malade fut mauvaise: plusieurs fois, Perrine couchée prés d’elle, tout habillée sur la planche,

avec un fichu roulé qui lui servait d’oreiller, dut se lever pour lui donner de l’eau qu’elle allait chercher au

puits afin de l’avoir plus fraîche: elle étouffait et souffrait de la chaleur. Au contraire, à l’aube, le froid du

matin, toujours vif sous le climat de Paris, la fit grelotter et Perrine dut l’envelopper dans son fichu, la seule

couverture un peu chaude qui leur restât.

Malgré son désir d’aller chercher le médecin aussitôt que possible, elle dut attendre que Grain de Sel fût levé,

car à qui demander le nom et, l’adresse d’un bon médecin, si ce n’était a lui?

Bien sûr qu’il connaissait un bon médecin, et un fameux qui faisait ses visites en voiture, non à pied comme

les médecins de rien du tout.: M. Cendrier, rue Riblette, près de l’église; pour trouver la rue Riblette il n’y

avait qu’à suivre le chemin de fer jusqu’à la gare.

En famille, by Hector Malot

En entendant parler d’un médecin fameux qui faisait les visites en voiture, elle eut peur de n’avoir pas assez

d’argent pour le payer, et timidement, avec confusion, elle questionna Grain de Sel en tournant autour de ce

qu’elle n’osait pas dire. À la fin il comprit:

«Ce que tu auras à payer? dit-il. Dame, c’est cher. Pas moins de quarante sous. Et pour être sûre qu’il

vienne, tu feras bien de les lui remettre d’avance.»

En suivant les indications qui lui avaient été données, elle trouva assez facilement la rue Riblette, mais le

médecin n’était point encore levé, elle dut attendre, assise sur une borne dans la rue, à la porte d’une remise

derrière laquelle on était en train d’atteler un cheval: comme cela elle le saisirait au passage, et en lui

remettant ses quarante sous, elle le déciderait a venir, ce qu’il ne ferait pas, elle en avait le pressentiment, si

on lui demandait simplement une visite pour un des habitants du Champ Guillot.

Le temps fut éternel à passer, son angoisse se doublant de celle de sa mère qui ne devait rien comprendre à

son retard; s’il ne la guérissait point instantanément, au moins allait-il l’empêcher de souffrir. Déjà elle avait

vu un médecin entrer dans leur roulotte, lorsque son père avait été malade. Mais c’était en pleine montagne,

dans un pays sauvage, et le médecin que sa mère avait appelé sans avoir le temps de gagner une ville, était

plutôt un barbier avec une tournure de sorcier qu’un vrai médecin comme on en trouve à Paris, savant,

maître de la maladie et de la mort, comme devait l’être celui-là, puisqu’on le disait fameux.

Enfin la porte de la remise s’ouvrit, et un cabriolet de forme ancienne, à caisse jaune, auquel était attelé un

gros cheval de labour, vint se ranger devant la maison et presque aussitôt le médecin parut, grand, gros,

gras, le visage rougeaud encadré d’une barbe grise qui lui donnait l’air d’un patriarche campagnard.

Avant qu’il fût monté en voiture, elle était près de lui et lui exposait sa demande.

«Le champ Guillot, dit-il, il y a eu de la batterie.

-- Non monsieur, c’est ma mère qui est malade, très malade.

-- Qu’est-ce que c’est ta mère?

-- Nous sommes photographes.»

Il mit le pied sur le marchepied.

Vivement elle tendit sa pièce de quarante sous.

«Nous pouvons vous payer.

-- Alors, c’est trois francs.»

Elle ajouta vingt sous à la pièce; il prit le tout et le fourra dans la poche de son gilet.

«Je serai près de ta mère d’ici un quart d’heure.»

Elle fît en courant le chemin du retour, joyeuse d’apporter la bonne nouvelle:

«Il va te guérir, maman, c’est un vrai médecin celui-là.»

Et vivement elle s’occupa de sa mère, lui lava le visage, les mains, lui arrangea les cheveux qui étaient

admirables, noirs et soyeux, puis elle mit de l’ordre dans la roulotte; ce qui n’eut d’autre résultat que de la

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rendre plus vide et par là plus misérable encore.

Elles n’eurent pas une trop longue attente à endurer: un roulement de voiture annonça l’arrivée du médecin

et Perrine courut au- devant de lui.

Comme en entrant il voulait se diriger vers la maison, elle lui montra la roulotte.

«C’est dans notre voiture que nous habitons», dit-elle.

Bien que cette maison n’eut rien d’une habitation, il ne laissa paraître aucune surprise, étant habitué à toutes

les misères avec sa clientèle; mais Perrine qui l’observait remarqua sur son visage comme un nuage lorsqu’il

vit la malade couchée sur son matelas, dans cet intérieur dénudé.

«Tirez la langue, donnez-moi la main.»

Ceux qui payent quarante ou cent francs la visite de leur médecin n’ont aucune idée de la rapidité avec

laquelle s’établit un diagnostic auprès des pauvres gens; en moins d’une minute son examen fut fait.

«Il faut entrer à l’hôpital», dit-il.

La mère et la fille poussèrent un même cri d’effroi et de douleur.

«Petite, laisse-moi seul avec ta maman», dit le médecin d’un ton de commandement.

Perrine hésita une seconde; mais, sur un signe de sa mère, elle quitta la roulotte, dont elle ne s’éloigna pas.

«Je suis perdue? dit la mère à mi-voix.

-- Qui est-ce qui parle de ça: vous avez besoin de soins que vous ne pouvez pas recevoir ici.

-- Est-ce qu’à l’hôpital j’aurais ma fille?

-- Elle vous verrait le jeudi et le dimanche.

-- Nous séparer! Que deviendrait-elle Sans moi, seule à Paris? que deviendrai-je sans elle? Si je dois mourir,

il faut que ce soit sa main dans la mienne.

-- En tout cas on ne peut pas vous laisser dans cette voiture où le froid des nuits vous est mortel. Il faut

prendre une chambre; le pouvez-vous?

-- Si ce n’est pas pour longtemps, oui peut-être.

-- Grain de Sel en loue qu’il ne vous fera pas payer cher. Mais la chambre n’est pas tout, il faut des

médicaments, une bonne nourriture, des soins: ce que vous auriez à l’hôpital.

-- Monsieur, c’est impossible, je ne peux pas me séparer de ma fille. Que deviendrait-elle?

-- Comme vous voudrez, c’est votre affaire, je vous ai dit ce que je devais.»

Il appela:

«Petite.»

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Puis, tirant un carnet de sa poche, il écrivit au crayon quelques lignes sur une feuille blanche, qu’il détacha:

«Porte cela chez le pharmacien, dit-il, celui qui est auprès de l’église, pas un autre. Tu donneras à ta mère le

paquet n° 1; tu lui feras boire d’heure en heure la potion n° 2; le vin de quinquina en mangeant, car il faut

qu’elle mange; ce qu’elle voudra, surtout des oeufs. Je reviendrai ce soir.»

Elle voulut l’accompagner pour le questionner:

«Maman est bien malade?

-- Tâche de la décider à entrer à l’hôpital.

-- Est-ce que vous ne pouvez pas la guérir?

-- Sans doute, je l’espère; mais je ne peux pas lui donner ce qu’elle trouverait à l’hôpital. C’est folie de n’y

pas aller; c’est pour ne pas se séparer de toi qu’elle refuse: tu ne serais pas perdue, car tu as l’air d’une fille

avisée et délurée.»

Marchant à grands pas, il était arrivé à sa voiture; Perrine eût voulu le retenir, le faire parler, mais-il monta

et partit.

Alors elle revint à la roulotte.

«Qu’a dit le médecin? demanda la mère.

-- Qu’il te guérirait.

-- Va donc vite chez le pharmacien, et rapporte aussi deux oeufs; prends tout l’argent.»

Mais tout l’argent ne fut pas suffisant; quand le pharmacien eut lu l’ordonnance, il regarda Perrine en la

toisant;

«Vous avez de quoi payer?» dit-il.

Elle ouvrit la main.

«C’est sept francs cinquante», dit le pharmacien qui avait fait son calcul.

Elle compta ce qu’elle avait dans la main et trouva six francs quatre-vingt-cinq centimes en estimant le florin

d’Autriche à deux francs; il lui manquait donc treize sous.

«Je n’ai que six francs quatre-vingt-cinq centimes, dont un florin d’Autriche, dit-elle; le voulez-vous, le

florin?

-- Ah! non par exemple.»

Que faire? Elle restait au milieu de la boutique la main ouverte, désespérée, anéantie.

«Si vous vouliez prendre le florin, il ne me manquerait que treize sous, dit-elle enfin; je vous les apporterais

tantôt.»

Mais le pharmacien ne voulut d’aucune de ces combinaisons, ni faire crédit de treize sous, ni accepter le

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florin:

«Comme il n’y a pas urgence pour le vin de quinquina, dit-il, vous viendrez le chercher tantôt; je vais tout de

suite vous préparer les paquets et la potion qui ne vous coûteront que trois francs cinquante.»

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