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作者:法-Hector Malot 当前章节:15445 字 更新时间:2026-6-15 17:07

peut-être. Il faut que je marche pour eux, pour l’honneur de cette maison que j’ai créée, qui est ma joie, ma

gloire, -- et je suis aveugle!»

En famille, by Hector Malot

Une pause s’établit et l’âpreté de cette plainte emplit de larmes les yeux de Perrine; mais bientôt M. Vulfran

reprit:

«Tu devais savoir par les conversations du village, et tu sais par la lettre que tu as traduite, que j’ai un fils;

mais entre ce fils et moi, il y a eu, pour toutes sortes de raisons dont je ne veux pas parler, des dissentiments

graves qui nous ont séparés et qui, après son mariage conclu malgré mon opposition, ont amené une rupture

complète, mais n’ont pas éteint mon affection pour lui, car je l’aime, après tant d’années d’absence, comme

s’il était encore l’enfant que j’ai élevé, et quand je pense à lui, c’est-à- dire le jour et la nuit si longs pour moi,

c’est le petit enfant que je vois de mes yeux sans regard. À son père, mon fils a préféré la femme qu’il aimait

et qu’il avait épousée par un mariage nul. Au lieu de revenir près de moi, il a accepté de vivre près d’elle,

parce que je ne pouvais ni ne devais la recevoir. J’ai espéré qu’il céderait; il a dû croire que je céderais moi-

même. Mais nous avons le même caractère: nous n’avons cédé ni l’un ni l’autre Je n’ai plus eu de ses

nouvelles. Après ma maladie qu’il a certainement connue, car j’ai tout lieu de penser qu’on le tenait au

courant de ce qui se passe ici, j’ai cru qu’il reviendrait. Il n’est pas revenu, retenu évidemment par cette

femme maudite qui, non contente de me l’avoir pris, me le garde, la misérable!...»

Perrine écoutait, suspendue aux lèvres de M. Vulfran, ne respirant pas; à ce mot, elle interrompit:

«La lettre du père Fildes dit: «Une jeune personne douée des plus charmantes qualités: l’intelligence, la bonté,

la douceur, la tendresse de l’âme, la droiture du caractère», on ne parle pas ainsi d’une misérable.

-- Ce que dit la lettre peut-il aller contre les faits? et le fait capital qui m’a inspiré contre elle l’exaspération et

la haine, c’est qu’elle me garde mon fils, au lieu de s’effacer comme il convient à une créature de son espèce,

pour qu’il puisse retrouver et reprendre ici la vie qui doit être la sienne. Enfin par elle nous sommes séparés, et

tu vois que, malgré les recherches que j’ai fait entreprendre, je ne sais même pas où il est; comme moi, tu vois

les difficultés qui s’opposent à ces recherches. Ce qui complique ces difficultés, c’est une situation

particulière que je dois t’expliquer, bien qu’elle soit sans doute peu claire pour une enfant de ton âge; mais,

enfin, il faut que tu t’en rendes à peu près compte, puisque par la confiance que je mets en toi, tu vas m’aider

dans ma tâche. La longue absence, la disparition de mon fils, notre rupture, le long temps qui s’est écoulé

depuis les dernières nouvelles qu’on a reçues de lui, ont fatalement éveillé certaines espérances. Si mon fils

n’était plus là pour prendre ma place quand je serai tout à fait incapable d’en porter les charges, et pour hériter

de ma fortune quand je mourrai, qui occuperait cette place? À qui cette fortune reviendrait-elle?

Comprends-tu les espérances embusquées derrière ces questions?

-- À peu près, monsieur.

-- Cela suffit, et même j’aime autant que tu ne les comprennes pas tout à fait. Il y a donc près de moi, parmi

ceux qui devraient me soutenir et m’aider, des personnes qui ont intérêt à ce que mon fils ne revienne pas, et

qui par cela seul que cet intérêt trouble leur esprit, peuvent s’imaginer qu’il est mort. Mort, mon fils! Est-ce

que cela est possible! Est-ce que Dieu m’aurait frappé d’un si effroyable malheur! Eux peuvent le croire, moi

je ne peux pas. Que ferais-je en ce monde si Edmond était mort? C’est la loi de la nature que les enfants

perdent leurs parents, non que les parents perdent leurs enfants. Enfin, j’ai cent raisons meilleures les unes que

les autres qui prouvent l’insanité de ces espérances. Si Edmond avait péri dans un accident, je l’aurais su; sa

femme eût été la première à m’en avertir. Donc Edmond n’est pas, ne peut pas être mort; je serais un père sans

foi d’admettre le contraire.»

Perrine ne tenait plus ses yeux attachés sur M. Vulfran, mais elle les avait détournés pour cacher son visage,

comme s’il pouvait le voir.

«Les autres qui n’ont pas cette foi, peuvent croire à cette mort, et cela explique leur curiosité en même temps

que les précautions que je prends pour que tout ce qui se rapporte à mes recherches reste secret. Je te le dis

franchement. D’abord pour que tu voies la tâche à laquelle je t’associe: rendre un fils à son père; et je suis

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certain que tu as assez de coeur pour t’y employer fidèlement. Et puis je t’en parle encore, parce que ç’a

toujours été ma règle de vie d’aller droit à mon but, en disant franchement où je vais; quelquefois les malins

n’ont pas voulu me croire et ont supposé que je jouais au fin; ils en ont toujours été punis. On a déjà tenté de

te circonvenir; on le tentera encore, cela est probable, et de différents côtés; te voilà prévenue, c’est tout ce

que je devais faire.»

Ils étaient arrivés en vue des cheminées de l’usine de Hercheux, de toutes la plus éloignée de Maraucourt;

encore quelques tours de roues, ils entraient dans le village.

Perrine, bouleversée, frémissante, cherchait des paroles pour répondre et ne trouvait rien, l’esprit paralysé par

l’émotion, la gorge serrée, les lèvres sèches:

«Et moi, s’écria-t-elle enfin, je dois vous dire que je suis à vous, monsieur, de tout coeur.»

XXXII

Le soir, la tournée des usines achevée, au lieu de revenir aux bureaux comme c’était la coutume, M. Vulfran

dit à Perrine de le conduire directement au château; et pour la première fois elle franchit la magnifique grille

dorée, chef-d’oeuvre de serrurerie, qu’un roi n’avait pu se donner à l’une des dernières expositions,

racontait-on, mais que le riche industriel n’avait pas trouvée trop chère pour sa maison de campagne.

«Suis la grande allée circulaire», dit M. Vulfran.

Pour la première fois aussi elle vit de près les massifs de fleurs que jusque-là elle n’avait aperçus que de loin,

formant des taches rouges ou roses sur le velours foncé des gazons tondus ras. Habitué à faire ce chemin,

Coco le montait d’un pas tranquille et, sans avoir besoin de le conduire, elle pouvait poser ses regards, à droite

et à gauche, sur les corbeilles, ou les plantes et les arbustes que leur beauté rendait dignes d’être isolés en belle

vue; car, bien que leur maître ne put plus les admirer comme naguère, rien n’avait été changé dans

l’ordonnance des jardins, aussi soigneusement entretenus, aussi dispendieusement ornés qu’au temps où,

chaque matin et chaque soir, il les passait en revue avec fierté.

De lui-même, Coco s’arrêta devant le large perron, où un vieux domestique, prévenu par le coup de cloche du

concierge, attendait.

«Bastien, tu es là? demanda M. Vulfran sans descendre.

-- Oui, monsieur.

-- Tu vas conduire cette jeune personne à la chambre des papillons, qui sera la sienne, et tu veilleras à ce

qu’on lui donne tout ce qui peut lui être nécessaire pour sa toilette; tu mettras son couvert vis-à-vis le mien; en

passant, envoie-moi Félix, qu’il me conduise aux bureaux.»

Perrine se demandait si elle était éveillée.

«Nous dînerons à huit heures, dit M. Vulfran; jusque-là tu es libre.»

Elle descendit et suivit le vieux valet de chambre, marchant éblouie, comme si elle était transportée dans un

palais enchanté.

Et réellement, le hall monumental, d’où partait un escalier majestueux aux marches en marbre blanc, sur

lesquelles un tapis traçait, un chemin rouge, n’avait-il pas quelque chose d’un palais? À chaque palier, de

belles fleurs étaient groupées avec des plantes à feuillage dans de vastes jardinières, et leur parfum embaumait

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l’air renfermé.

Bastien la conduisit au second étage, et, sans entrer, lui ouvrit une porte:

«Je vais vous envoyer la femme de chambre», dit-il en se retirant.

Après avoir traversé une petite entrée sombre, elle se trouva dans une grande chambre très claire. tendue

d’étoffe de couleur ivoire, semée de papillons aux nuances vives qui voletaient légèrement; les meubles

étaient en érable moucheté, et sur le tapis gris s’enlevaient vigoureusement des gerbes de fleurs des champs:

pâquerettes, coquelicots, bleuets, boutons d’or.

Que cela était frais et joli!

Elle n’était pas revenue de son émerveillement, et s’amusait encore à enfoncer son pied dans le tapis moelleux

qui le repoussait, quand la femme de chambre entra:

«Bastien m’a dit de me mettre à la disposition de mademoiselle.»

Une femme de chambre en toilette claire, coiffée d’un bonnet de tulle, aux ordres de celle qui quelques jours

avant couchait dans une hutte, sur un lit de roseaux, au milieu d’un marais, avec les rats et les grenouilles! il

lui fallut un certain temps pour se reconnaître.

«Je vous remercie, dit-elle enfin, mais je n’ai besoin de rien... il me semble.

-- Si mademoiselle veut bien, je vais toujours lui montrer son appartement.»

Ce qu’elle appelait «montrer l’appartement», c’était ouvrir les portes d’une armoire à glace et d’un placard,

ainsi que les tiroirs d’une table de toilette, tout remplis de brosses, de ciseaux; de savons et de flacons; cela

fait, elle mit la main sur un bouton posé dans la tenture:

«Celui-ci, dit-elle, est pour la sonnerie d’appel; celui-là pour l’éclairage.»

Instantanément la chambre, l’entrée et le cabinet de toilette s’éclairèrent d’une lumière éblouissante qui,

instantanément aussi, s’éteignit; et il sembla à Perrine qu’elle était encore dans les plaines des environs de

Paris, quand l’orage l’avait assaillie et que les éclairs fulgurants du ciel entr’ouvert lui montraient son chemin

ou le noyaient d’ombre.

«Quand mademoiselle aura besoin de moi, elle voudra bien me sonner: un coup pour Bastien, deux coups

pour moi.»

Mais ce dont «mademoiselle avait besoin», c’était d’être seule, autant pour passer la visite de sa chambre que

pour se ressaisir, ayant été jetée hors d’elle-même par tout ce qui lui était arrivé depuis le matin.

Que d’événements, que de surprises en quelques heures, et qui lui eût dit le matin, quand, sous les menaces de

Théodore et de Talouel, elle se voyait en si grand danger, que le vent, au contraire, allait si favorablement

tourner pour elle! N’y avait-il pas de quoi rire de penser que c’était leur hostilité même qui faisait sa fortune?

Mais combien plus encore eût-elle ri si elle avait pu voir la tête du directeur en recevant M. Vulfran au bas de

l’escalier des bureaux.

«Je suppose que cette jeune personne a fait quelque sottise? dit Talouel.

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-- Mais non.

-- Pourtant, vous vous faites ramener par Félix?

-- C’est qu’en passant je l’ai déposée au château, afin qu’elle ait le temps de se préparer pour le dîner.

-- Dîner! Je suppose....»

Il était tellement suffoqué qu’il ne trouva pas tout de suite ce qu’il devait supposer.

«Je suppose, moi, dit M. Vulfran, que vous ne savez que supposer.

-- Je suppose que vous la faites dîner avec vous.

-- Parfaitement. Depuis longtemps je voulais avoir près de moi quelqu’un d’intelligent, de discret, de fidèle,

en qui je pourrais avoir confiance. Justement cette petite fille me parait réunir ces qualités: intelligente elle

l’est, j’en suis sûr; discrète et fidèle, elle l’est aussi, j’en ai la preuve.»

Cela fut dit sans appuyer, mais cependant de façon que Talouel ne pût se méprendre sur le sens de ces paroles.

«Je la prends donc; et comme je ne veux pas qu’elle reste exposée à certains dangers, -- non pour elle, car j’ai

la certitude qu’elle n’y succomberait pas, mais pour les autres, ce qui m’obligerait à me séparer de ces

autres...»

Il appuya sur ce mot:

«... Quels qu’ils fussent, elle ne me quittera plus; ici elle travaillera dans mon cabinet; pendant le jour elle

m’accompagnera, elle mangera à ma table, ce qui rendra moins tristes mes repas qu’elle égayera de son babil,

et elle habitera le château.»

Talouel avait eu le temps de retrouver son calme, et comme il n’était ni dans son caractère, ni dans sa ligne de

conduite de faire formellement la plus légère opposition aux idées du patron, il dit:

«Je suppose qu’elle vous donnera toutes les satisfactions, que très justement, il me semble, vous pouvez

attendre d’elle.

-- Je le suppose aussi.»

Pendant ce temps, Perrine, accoudée au balcon de sa fenêtre, rêvait en regardant la vue qui se déroulait devant

elle: les pelouses fleuries du jardin, les usines, le village avec ses maisons et l’église, les prairies, les entailles

dont l’eau argentée miroitait sous les rayons obliques du soleil qui s’abaissait, et vis-à-vis, de l’autre côté, le

bouquet de bois où elle s’était assise, le jour de son arrivée, et où dans la brise du soir elle avait entendu passer

la douce voix de sa mère qui murmurait: «Je te vois heureuse».

Elle avait pressenti l’avenir la chère maman, et les grandes marguerites, traduisant l’oracle qu’elle leur dictait,

avaient aussi dit vrai: heureuse, elle commençait à l’être; et si elle n’avait pas encore réussi tout a fait, ni

même beaucoup, au moins devait-elle reconnaître qu’elle était en passe de réussir plus qu’un peu; qu’elle fût

patiente, qu’elle sût attendre, et le reste viendrait à son heure. Qui la pressait maintenant? Ni la misère, ni le

besoin dans ce château où elle était entrée si vite.

Quand le sifflet des usines annonça la sortie, elle était encore à son balcon planant dans sa rêverie, et ce furent

ses coups stridents qui la ramenèrent de l’avenir dans la réalité présente. Alors du haut de l’observatoire d’où

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elle dominait les rues du village et les routes blanches à travers les prairies vertes et les champs jaunes, elle vit

se répandre la fourmilière noire des ouvriers, qui grouillant d’abord en un gros amas compact, ne tarda pas à

se diviser en plusieurs courants, à se morceler à l’infini, et à ne former bientôt plus que des petits groupes qui

eux-mêmes s’évanouirent promptement; la cloche du concierge sonna et la voiture de M. Vulfran monta

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