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作者:法-Hector Malot 当前章节:15459 字 更新时间:2026-6-15 17:07

Malgré l’envie qu’il en avait, il n’appuyait pas sur chaque mot caractéristique, mais au moins en soulignait-il

l’ironie par un sourire gouailleur, qu’il adressait à Théodore quand il parlait de la supériorité de Casimir dans

la science de l’X, et à Casimir quand il glissait sur les difficultés commerciales de la famille de Théodore; à

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tous les deux, quand il insistait sur leur fraternité de coeur qui n’avait qu’un même but.

«Savez-vous ce qu’il me répondit?» continua-t-il.

Il eût bien voulu faire une pause, mais de peur qu’ils ne tournassent le dos avant qu’il eût tout dit, vivement il

continua:

«Il me répondit: «Ah! mes neveux!» Qu’est-ce que cela voulait dire? Vous pensez bien que je ne me suis pas

permis de le chercher: je vous le répète simplement. Et tout de suite j’ajoute ce qu’il me dit encore, pour

expliquer sa détermination de la prendre au château et de l’installer dans son bureau, que c’était parce qu’il ne

voulait pas qu’elle restât exposée à certains dangers, -- non pour elle, car il avait la certitude qu’elle n’y

succomberait pas, mais pour les autres, ce qui l’obligerait à se séparer de ces autres, quels qu’ils fussent. Je

vous donne ma parole que je vous répète ce qu’il m’a dit mot pour mot. Maintenant, quels sont ces autres, je

vous le demande?»

Comme ils ne répondaient pas, il insista:

«À qui a-t-il voulu faire allusion? Où voit-il des autres qui pourraient faire courir des dangers à cette petite?

Quels dangers? Toutes questions incompréhensibles, mais que justement pour cela j’ai cru devoir vous

soumettre, à vous messieurs, qui, en l’absence de M. Edmond, vous trouvez placés, par votre naissance, à la

tête de cette maison.»

Il avait assez joué avec eux comme le chat avec la souris, pourtant il crut pouvoir une fois encore les faire

sauter en l’air d’un vigoureux coup de patte:

«Il est vrai que M. Edmond peut revenir d’un moment à l’autre, demain peut-être, au moins si l’on s’en

rapporte à toutes les recherches que M. Vulfran fait faire, fiévreusement, comme s’il brûlait sur une bonne

piste.

-- Savez-vous donc quelque chose?» demanda Théodore, qui n’eut pas la dignité de retenir sa curiosité.

«Rien autre chose que ce que je vois; c’est-à-dire que M. Vulfran ne prend cette petite que pour lui traduire les

lettres et les dépêches qu’il reçoit des Indes.»

Puis avec une bonhomie affectée:

«C’est tout de même malheureux que vous, monsieur Casimir, qui avez tout appris, vous ne sachiez pas

l’anglais. Ça vous tiendrait au courant de ce qui se passe. Sans compter que ça vous débarrasserait de cette

petite, qui est en train de prendre au château une place à laquelle elle n’a pas droit. Il est vrai que vous

trouverez peut-être un autre moyen, et meilleur que celui-ci, pour en arriver là; et si je peux vous aider, vous

savez que vous pouvez compter sur moi... sans paraître en rien bien entendu.»

Tout en parlant il jetait de temps en temps et à la dérobée un rapide coup d’oeil dans les cours, plutôt par force

d’habitude que par besoin immédiat; à ce moment, il vit venir le facteur du télégraphe, qui, sans se presser,

musait à droite et à gauche.

«Justement, dit-il, voilà qu’arrive une dépêche qui est peut-être la réponse à celle qui a été envoyée à Dakka.

C’est tout de même ennuyeux pour vous, que vous ne puissiez pas savoir ce qu’elle contient, de façon à être

les premiers à annoncer au patron le retour de son fils. Quelle joie, hein? Moi, mes lampions sont prêts pour

illuminer. Mais voilà, vous ne savez pas l’anglais, et cette petite le sait, elle.»

Quelque regret qu’il eût à mettre un pas devant l’autre, le porteur de dépêches était enfin arrivé au bas de

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l’escalier; vivement Talouel alla au-devant de lui:

«Eh bien, tu sais, toi, tu ne t’amènes pas trop vite, dit-il.

-- Faut-il s’en faire mourir?»

Sans répondre, Talouel prit la dépêche, et la porta à M. Vulfran avec un empressement bruyant.

«Voulez-vous que je l’ouvre? demanda-t-il.

-- Parfaitement.»

Mais il n’eut pas déchiré le papier dans la ligne pointillée qu’il s’écria:

«Elle est en anglais.

-- Alors c’est l’affaire d’Aurélie», dit M. Vulfran avec un geste auquel le directeur ne pouvait pas ne pas

obéir.

Aussitôt que la porte fut refermée, elle traduisit la dépêche:

«L’ami, Leserre, négociant français, dernières nouvelles cinq ans; Dehra, révérend père Mackerness, lui écris

selon votre désir.»

-- Cinq ans, s’écria M. Vulfran, qui tout d’abord ne fut sensible qu’à cette indication; que s’est-il passé depuis

cette époque, et comment suivre une piste après cinq années écoulées?»

Mais il n’était pas homme à se perdre dans des plaintes inutiles; ce fut ce qu’il expliqua lui-même:

«Les regrets n’ont jamais changé les faits accomplis; tirons parti plutôt de ce que nous avons; tu vas tout de

suite faire une dépêche en français pour ce M. Lasserre puisqu’il est Français, et une en anglais pour le père

Mackerness.»

Elle écrivit couramment la dépêche qu’elle devait traduire en anglais, mais pour celle qui devait être déposée

en français au télégraphe elle s’arrêta dès la première ligne, et demanda la permission d’aller chercher un

dictionnaire dans le bureau de Bendit.

«Tu n’es pas sûre de ton orthographe?

-- Oh! pas du tout sûre, monsieur, et je voudrais bien qu’au bureau on ne pût pas se moquer d’une dépêche

envoyée par vous.

-- Alors tu n’es pas en état d’écrire une lettre sans fautes?

-- Je suis sûre de l’écrire avec beaucoup de fautes; le commencement des mots va à peu près, mais pas la lin,

quand il y a des accords, et puis les doubles lettres ne vont pas du tout non plus, et beaucoup d’autres choses

encore: bien plus facile à écrire l’anglais que le français! J’aime mieux vous avouer cela tout de suite,

franchement.

-- Tu n’as jamais été à l’école?

-- Jamais. Je ne sais que ce que mon père et ma mère m’ont appris, au hasard des routes, quand on avait le

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temps de s’asseoir, ou qu’on restait au repos dans un pays; alors ils me faisaient travailler; mais pour dire vrai,

je n’ai jamais beaucoup travaillé.

-- Tu es une bonne fille de me parler franchement; nous verrons à remédier à cela; pour le moment

occupons-nous de ce que nous avons à faire.»

Ce fut seulement dans l’après-midi, en voiture, quand ils firent la visite des usines, que M. Vulfran revint à la

question de l’orthographe.

«As-tu écrit à tes parents?

-- Non, monsieur.

-- Pourquoi?

-- Parce que je ne désire rien tant que rester ici à jamais, près de vous qui me traitez avec tant de bonté, et me

faites une vie si heureuse.

-- Alors tu désires ne pas me quitter?

-- Je voudrais vous prouver chaque jour, pour tout, dans tout, ce qu’il y a de reconnaissance dans mon coeur...,

et aussi d’autres sentiments respectueux que je n’ose exprimer.

-- Puisqu’il en est ainsi, le mieux est peut-être, en effet, que tu n’écrives pas, au moins pour le moment; nous

verrons plus tard. Mais, afin que tu puisses m’être utile, il faut que tu travailles, et te mettes en état de me

servir de secrétaire pour beaucoup d’affaires, dans lesquelles tu dois écrire convenablement, puisque tu écris

en mon nom. D’autre part il est convenable aussi pour toi, il est bon que tu t’instruises. Le veux-tu?

-- Je suis prête à tout ce que vous voudrez, et je vous assure que je n’ai pas peur de travailler.

-- S’il en est ainsi, les choses peuvent s’arranger sans que je me prive de tes services. Nous avons ici une

excellente institutrice: en rentrant je lui demanderai de te donner des leçons quand sa classe est finie, de six à

huit heures, au moment où je n’ai plus besoin de toi. C’est une très bonne personne qui n’a que deux défauts:

sa taille, elle est plus grande que moi, et plus large d’épaules, -- plus massive, bien qu’elle n’ait pas quarante

ans, - - et son nom, Mlle Belhomme, qui crie d’une façon fâcheuse ce qu’elle est réellement: un bel homme

sans barbe, et encore n’est- il pas certain qu’on ne lui en trouverait point en regardant bien. Pourvue d’une

instruction supérieure, elle a commencé par des éducations particulières, mais sa prestance d’ogre faisait peur

aux petites filles, tandis que son nom faisait rire les mamans et les grandes soeurs. Alors elle a renoncé au

monde des villes, et bravement elle est entrée dans l’instruction primaire, où elle a beaucoup réussi; ses

classes tiennent la tête parmi celles de notre département; ses chefs la considèrent comme une institutrice

modèle. Je ne ferais pas venir d’Amiens une meilleure maîtresse pour toi!»

La tournée des usines terminée, la voiture s’arrêta devant l’école primaire des filles, et Mlle Belhomme

accourut auprès de M. Vulfran, mais il tint à descendre et à entrer chez elle pour lui exposer sa demande.

Alors Perrine, qui les suivit, put l’examiner: c’était bien la femme géante dont M. Vulfran avait parlé,

imposante, mais avec un mélange de dignité et de bonté qui n’aurait nullement donné envie de se moquer

d’elle, si elle n’avait pas eu un air craintif en désaccord avec sa prestance.

Bien entendu, elle n’avait rien à refuser au tout-puissant maître de Maraucourt, mais eût-elle eu des

empêchements qu’elle s’en serait dégagée, car elle avait la passion de l’enseignement, qui, à vrai dire, était

son seul plaisir dans la vie, et puis d’autre part cette petite aux yeux profonds lui plaisait:

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«Nous en ferons une fille instruite, dit-elle, cela est certain: savez-vous qu’elle a des yeux de gazelle? Il est

vrai que je n’ai jamais vu des gazelles, et pourtant je suis sûre qu’elles ont ces yeux-là.»

Mais ce fut bien autre chose le surlendemain quand, après deux jours de leçons, elle put se rendre compte de

ce qu’était la gazelle, et que M. Vulfran, en rentrant au château au moment du dîner, lui demanda ce qu’elle en

pensait.

«Quelle catastrophe c’eût été, -- Mlle Belhomme employait volontiers des mots grands et forts comme elle, --

quelle catastrophe c’eût été que cette jeune fille restât sans culture!

-- Intelligente, n’est-ce pas!

-- Intelligente! Dites intelligentissime, si j’ose m’exprimer ainsi.

-- L’écriture? demanda M. Vulfran, qui dirigeait son interrogatoire d’après les besoins qu’il avait de Perrine.

-- Pas brillante, mais elle se formera.

-- L’orthographe?

-- Faible.

-- Alors?

-- J’aurais pu, pour la juger, lui faire faire une dictée qui m’aurait montré précisément son écriture et son

orthographe; mais cela seulement. J’ai voulu prendre d’elle une meilleure opinion, et je lui ai demandé une

petite narration sur Maraucourt; en vingt lignes, ou cent lignes, me dire ce qu’était le pays, comment elle le

voyait. En moins d’une heure, au courant de la plume, sans chercher ses mots, elle m’a écrit quatre grandes

pages vraiment extraordinaires: tout s’y trouve réuni, le village lui-même, les usines, le paysage général,

l’ensemble aussi bien que le détail; il y a une page sur les entailles avec leur végétation, leurs oiseaux et leurs

poissons, leur aspect dans les vapeurs du matin et l’air pur du soir, que j’aurais cru copiée dans un bon auteur,

si je ne l’avais vu écrire. Par malheur la calligraphie et l’orthographe sont ce que je vous ai dit, mais

qu’importe! c’est une affaire de quelques mois de leçons, tandis que toutes les leçons du monde ne lui

apprendraient pas à écrire, si elle n’avait pas reçu le don de voir et de sentir, et aussi de rendre ce qu’elle voit

et ce qu’elle sent. Si vous en avez le loisir, faites-vous lire cette page sur les entailles, elle vous prouvera que

je n’exagère pas.»

Alors, M. Vulfran, que cette appréciation avait mis en belle humeur, car elle calmait les objections qui lui

étaient venues sur son prompt engouement pour cette petite, raconta à Mlle Belhomme comment Perrine avait

habité une aumuche dans l’une de ces entailles, et comment avec rien, si ce n’est ce qu’elle trouvait sous sa

main, elle avait su se fabriquer des espadrilles, et toute une batterie de cuisine dans laquelle elle avait préparé

un dîner complet, fourni par l’entaille elle-même, ses oiseaux, ses poissons, ses fleurs, ses herbes, ses fruits.

Le large visage de Mlle Belhomme s’était épanoui pendant ce récit, qui sans aucun doute l’intéressait, puis

quand M. Vulfran avait cessé de parler, elle avait gardé elle-même le silence, réfléchissant:

«Ne trouvez-vous pas, dit-elle enfin, que savoir créer ce qui est nécessaire à ses besoins est une qualité

maîtresse, enviable entre toutes?

-- Assurément, et c’est cela même qui m’a tout d’abord frappé chez cette jeune fille, cela et la volonté;

dites-lui de vous conter son histoire, vous verrez ce qu’il lui a fallu d’énergie pour arriver jusqu’ici.

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-- Elle a reçu sa récompense, puisqu’elle vous a intéressé, cette jeune fille.

-- Intéressé, et même attaché, car je n’estime rien tant dans la vie que la volonté à qui je dois d’être ce que je

suis. C’est pourquoi je vous demande de la fortifier chez elle par vos leçons, car si l’on dit avec raison qu’on

peut ce qu’on veut, au moins est-ce à condition de savoir vouloir, ce qui n’est pas donné à tout le monde, et ce

qu’on devrait bien commencer par enseigner, si toutefois il est des méthodes, pour cela; mais en fait

d’instruction, on ne s’occupe que de l’esprit, comme si le caractère ne devait, point passer avant. Enfin,

puisque vous avez une élève douée de ce côté, je vous prie de vous appliquer à le développer.»

Mlle Belhomme était aussi incapable de dire une chose par flatterie, que de la taire par timidité ou embarras:

«L’exemple fait plus que les leçons, dit-elle, c’est pourquoi elle apprendra à votre école mieux qu’à la mienne,

et en voyant que malgré la maladie, les années, la fortune, vous ne vous relâchez pas une minute dans ce que

vous considérez comme l’accomplissement d’un devoir, son caractère se développera dans le sens que vous

désirez.; en tout cas je ne manquerais pas de m’y employer, si elle passait insensible ou indifférente, -- ce qui

m’étonnerait bien, -- à côté de ce qui doit la frapper.»

Et comme elle était femme de parole, elle ne manqua pas en effet une occasion de citer M. Vulfran, ce qui

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