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作者:法-Hector Malot 当前章节:15438 字 更新时间:2026-6-15 17:07

particulier qui a cherché dans le bien à faire un hommage à des mémoires chères. Vous étudierez cette crèche

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dans tous ses détails: construction, chauffage, ventilation, prix de revient, et dépense d’entretien. Puis vous

demanderez à son constructeur de quelles crèches il s’est inspiré. Vous irez les étudier aussi, et vous

reviendrez aussi vite qu’il vous sera possible. Il faut qu’avant trois mois nous ayons ouvert une crèche à la

porte de toutes mes usines: je ne veux pas qu’un malheur comme celui qui est arrivé avant-hier se renouvelle.

Je compte sur vous. N’ayons pas la charge d’une pareille responsabilité.»

Le soir, la leçon que Mlle Belhomme donnait à Perrine, qui avait raconté cette grande nouvelle à l’institutrice

enthousiasmée, fut interrompue par l’entrée de M. Vulfran dans la bibliothèque:

«Mademoiselle, dit-il, je viens vous demander un service en mon nom et au nom des populations de ce pays,

service considérable, d’une importance capitale par les résultats qu’il peut produire, mais qui, je le reconnais,

exige de votre part un sacrifice considérable aussi: voici ce dont il s’agit.»

Ce dont il s’agissait, c’était qu’elle donnât sa démission pour prendre la direction des cinq crèches qu’il allait

fonder; après avoir cherché, il ne trouvait qu’elle qui fût la femme d’intelligence, d’énergie et de coeur

capable de mener à bien une tâche aussi lourde. Les crèches ouvertes, il les offrirait aux communes de

Maraucourt, Saint-Pipoy, Hercheux, Bacourt, Flexelles, avec un capital suffisant pour subvenir à leur entretien

à perpétuité, et il ne mettrait pour condition à sa donation que l’obligation de maintenir à leur tête celle en qui

il avait toute confiance pour assurer le succès et la durée de son oeuvre.

Ainsi présentée, la demande ne pouvait pas ne pas être accueillie, mais ce ne fut pas sans déchirements, car le

sacrifice, comme l’avait dit M. Vulfran, était considérable pour l’institutrice:

«Ah! monsieur, s’écria-t-elle, vous ne savez pas ce que c’est que l’enseignement.

--Donner le savoir aux enfants, c’est beaucoup, je le sais, mais leur donner la vie, la santé, c’est quelque chose

aussi, et ce sera votre tâche; elle est assez grande pour que vous ne la refusiez pas.

-- Et je ne serais pas digne de votre choix si j’écoutais mes convenances personnelles... Après tout je me

prendrai moi-même pour élève, et j’aurai tant à apprendre, que mon besoin d’enseignement trouvera à

s’employer largement. Je suis à vous de tout coeur, et ce coeur est plus ému qu’il ne saurait l’exprimer,

pénétré de gratitude, d’admiration...

-- Si vous voulez parler de gratitude, ce n’est pas à moi qu’il faut en adresser l’expression, mais à votre élève,

mademoiselle, car c’est elle qui par ses paroles, par ses suggestions, a éveillé dans mon coeur des idées

auxquelles j’étais jusqu’alors resté étranger, et m’a mis dans une voie où je n’ai encore fait que quelques pas,

qui ne sont rien à côté de la route à parcourir.

-- Ah! monsieur, s’écria Perrine enhardie de joie et de fierté, si vous vouliez encore en faire un.

-- Pour aller où?

-- Quelque part où je vous conduirais ce soir.

-- Alors, tu ne doutes de rien.

-- Ah! si je ne doutais de rien!

-- Est-ce de moi que tu doutes?

-- Non, monsieur, de moi, de moi seule. Mais cela n’a aucun rapport avec ce que je vous demande en vous

proposant de vous conduire quelque part ce soir.

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-- Mais où veux-tu me conduire ce soir?

-- En un endroit où votre présence pendant quelques minutes seulement peut produire des résultats

extraordinaires.

-- Encore ne peux-tu me dire quel est cet endroit mystérieux?

-- Si je vous le disais, l’effet que j’attends de notre visite serait manqué. Il fera beau et chaud ce soir, vous

n’aurez pas à craindre de gagner froid, laissez-vous décider.

-- Il semble qu’on peut avoir confiance en elle, dit Mlle Belhomme, bien que cette proposition se présente

sous une forme un peu... bizarre et enfantine.

-- Allons, qu’il soit fait comme tu veux, je t’accompagnerai ce soir. À quelle heure fixes-tu notre expédition?

-- Plus il sera tard, mieux cela vaudra.»

Dans la soirée, il parla plusieurs fois de cette expédition, mais sans décider Perrine à s’expliquer.

«Sais-tu que tu en es arrivée à piquer ma curiosité?

-- Quand je n’aurais obtenu que cela, est-ce que ce ne serait pas déjà quelque chose? Ne vaut-il pas mieux

pour vous rêver à ce qui peut se produire tantôt ou demain, que vous anéantir dans les regrets de ce que vous

espériez hier?

Cela vaudrait mieux si demain existait maintenant pour moi; mais à quel avenir veux-tu que je rêve? il est

plus triste encore que le passé, puisqu’il est vide.

-- Mais non, monsieur, il n’est pas vide, si vous songez à celui des autres. Quand on est enfant... et pas

heureux, on pense souvent, n’est-ce pas, à tout ce qu’on demanderait à un magicien tout-puissant, à un

enchanteur, si on le rencontrait, et qui n’a qu’à vouloir pour réaliser tous les souhaits; mais quand on est

soi-même cet enchanteur, est-ce qu’on ne pense pas quelquefois à ce qu’on peut faire pour rendre heureux

ceux qui ne le sont pas, qu’ils soient enfants ou non; puisqu’on a aux mains le pouvoir, n’est-ce pas amusant

de s’en servir? Je dis amusant parce que nous sommes dans une féerie, mais dans la réalité il y a un autre

mot que celui-là.»

La soirée s’écoula dans ces propos; plusieurs fois M. Vulfran demanda si le moment n’était pas venu de

partir, mais elle le retarda tant qu’elle put.

Enfin elle annonça qu’ils pouvaient se mettre en route: la nuit était chaude comme elle l’avait prévu, sans

vent, sans brouillard, mais avec des éclairs de chaleur qui fréquemment embrasaient le ciel noir. Quand ils

arrivèrent dans le village, ils le trouvèrent endormi, pas une seule lumière ne brillait aux fenêtres closes, pas

de bruit d’aucune sorte, excepté celui de l’eau qui tombait des barrages de la rivière.

Comme tous les aveugles, M. Vulfran savait se reconnaître la nuit, et depuis leur sortie du château il avait

suivi son chemin comme avec ses yeux.

«Nous voilà devant Françoise, dit-il à un certain moment.

-- C’est justement chez elle que nous allons. Maintenant, si vous le voulez bien, nous ne parlerons pas: par la

main je vous guiderai. Je vous préviens cependant que nous aurons un escalier à monter, il est facile et droit;

au haut de cet escalier j’ouvrirai une porte et nous entrerons; nous ne resterons là que ce que vous voudrez

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rester, une minute ou deux.

-- Que veux-tu que je voie, puisque je ne vois pas?

-- Vous n’avez pas besoin de voir.

-- Alors pourquoi venir?

-- Pour être venu. J’oubliais de vous dire qu’il importe peu que nous fassions du bruit en marchant.»

Les choses s’arrangèrent comme elle avait dit, et en arrivant dans la cour intérieure, un éclair lui montra

l’entrée de l’escalier. Ils montèrent, et Perrine, ouvrant la porte dont elle avait parlé, attira doucement M.

Vulfran et referma la porte.

Alors ils se trouvèrent enveloppés d’un air chaud, âcre, suffocant.

Une voix empâtée dit:

«Qu’est-ce qui est là?»

Une pression de main avertit M. Vulfran de ne pas répondre.

La même voix continua:

«Couche-té don la Noyelle.»

Cette fois ce fut la main de M. Vulfran qui dit à Perrine qu’il voulait sortir.

Elle rouvrit la porte, et ils redescendirent, tandis qu’un murmure de voix les accompagnait.

Ce fut seulement dans la rue que M. Vulfran prit la parole:

«Tu as voulu me faire connaître la chambrée dans laquelle tu as couché la première nuit de ton arrivée ici?

-- J’ai voulu que vous connaissiez une des nombreuses chambrées de Maraucourt, et des autres villages où

couche tout un monde de vos ouvriers: hommes, femmes, enfants, pensant que quand vous auriez, respiré leur

air empoisonné pendant une minute seulement, vous voudriez faire rechercher combien de pauvres gens il

tue.»

XXXIX

Il y avait treize mois, jour pour jour, qu’un dimanche, par un temps radieux, Perrine était arrivée à

Maraucourt, misérable et désespérée, se demandant ce qui allait advenir d’elle.

Le temps était aussi radieux, mais Perrine et le village ne ressemblaient en rien à ce qu’ils étaient l’année

précédente.

À la place où elle avait passé la fin de sa journée, assise tristement à la lisière du petit bois qui couronne la

colline, tâchant de se rendre compte de ce qu’étaient le village et les usines étalés au-dessous d’elle dans la

vallée, se trouvent maintenant des bâtiments en construction; un hôpital en bon air, en belle vue, qui

dominera tout le pays et recevra les ouvriers des usines de M. Vulfran qui habitent ou n’habitent pas

Maraucourt.

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C’est de là qu’on peut le mieux suivre les transformations de la contrée, et elles sont extraordinaires, eu

égard surtout au peu de temps qui s’est écoulé.

Aux usines elles-mêmes il n’a pas été apporté de changements bien sensibles: ce qu’elles étaient, elles le sont

toujours, comme si, arrivées à leur complet développement, elles n’avaient qu’à continuer la marche

régulière de tout ce qui est rigoureusement réglé.

Mais à une courte distance de leur entrée principale, là où autrefois s’effondraient de pauvres bicoques

occupées par deux garderies d’enfants du genre de celle de la Tiburce brûlée quelques mois auparavant, se

montrent le toit flambant rouge et la façade mi-partie rosé, mi-partie bleue de la crèche que M. Vulfran a fait

construire en achetant pour les raser ces vieilles masures croulantes.

Sa façon de procéder avec leurs propriétaires a été aussi nette que franche: il les a fait venir et leur a

expliqué que comme il ne pouvait pas tolérer plus longtemps que les enfants de ses ouvrières fussent exposés

à être brûlés ou tués par toutes sortes de maladies résultant des mauvais soins qu’ils trouvaient chez celles

qui les gardaient, il allait faire construire une crèche dans laquelle ces enfants seraient reçus, nourris, élevés

gratuitement jusqu’à l’âge de trois ans. Entre sa crèche et leurs garderies il n’y avait pas de lutte possible.

S’ils voulaient vendre leurs maisons, il les achèterait moyennant une somme fixe et une rente viagère. S’ils ne

voulaient pas, ils n’avaient qu’à les garder; le terrain ne lui manquerait pas. Ils avaient jusqu’au lendemain

matin onze heures pour se décider; à midi il serait trop tard.

Au centre du village se dressent d’autres toits rouges beaucoup plus hauts, plus longs, plus imposants: ce sont

ceux d’un groupe de bâtiments à peine achevés dans lesquels sont établis des logements séparés, des

réfectoires, des restaurants, des cantines, des magasins d’approvisionnement pour les ouvriers célibataires,

hommes et femmes; et pour ces bâtiments M. Vulfran a employé le même procédé d’expropriation que pour la

crèche.

Précédemment se trouvaient là plusieurs vieilles maisons appropriées tant bien que mal, en réalité aussi mal

que possible, au logement en chambrées des ouvriers et en cabinets. Il a fait appeler les propriétaires de ces

maisons, et leur a tenu un langage à peu près analogue à celui dont il s’est déjà servi:

«Depuis longtemps on se plaint violemment des chambrées dans lesquelles vous couchez mes ouvriers, et c’est

aux mauvaises conditions dans lesquelles sont établis ces logements qu’on attribue les maladies de poitrine et

la fièvre typhoïde qui tuent tant de monde. Je ne peux pas tolérer cela plus longtemps. J’ai donc résolu de

faire construire deux hôtels dans lesquels j’offrirai aux ouvriers célibataires, hommes et femmes, une

chambre séparée et exclusive pour trois francs par mois. En même temps j’aménagerai les rez-de-chaussée en

réfectoires et en restaurants où je donnerai un dîner composé de soupe, de ragoût ou de rôti, de pain et de

cidre pour soixante-dix centimes. Si vous voulez me vendre vos maisons, j’élèverai mes hôtels sur leur

emplacement. Si vous ne voulez pas, gardez-les. Ma combinaison est dans votre intérêt, car j’ai ailleurs des

terrains où mes constructions me coûteront beaucoup moins cher. Vous avez jusqu’à onze heures demain

pour réfléchir; à midi il serait trop tard.

Sur ces terrains éparpillés un peu partout, on aperçoit d’autres toits en tuiles neuves, tout petits ceux-là, et

qui par leur propreté et leur éclat rouge contrastent avec les anciennes toitures couvertes de mousses et de

sedum: ce sont ceux des maisons ouvrières dont la construction est commencée depuis peu, et qui toutes sont

ou seront isolées au milieu d’un jardinet, dans lequel pourront se récolter les légumes nécessaires à

l’alimentation de la famille, qui, pour cent francs par an de loyer, aura le bien-être matériel et la dignité du

chez-soi.

Mais la transformation qui à coup sûr eût frappé le plus vivement surpris, et même stupéfié celui qui serait

resté un an absent de Maraucourt, était celle qui avait bouleversé le parc même de M. Vulfran, dans des

pelouses qui, en le prolongeant, descendaient jusqu’aux entailles avec lesquelles elles se confondaient. Cette

En famille, by Hector Malot

partie basse, restée jusque-là presque à l’état naturel, avait été retranchée du parc par un saut-de-loup, et

maintenant s’élevait à son centre un grand chalet en bois, flanqué d’autres cottages ou de kiosques construits

à la légère, qui donnaient à l’ensemble une apparence de jardin public que précisaient encore toutes sortes de

jeux, des manèges de chevaux de bois, des balançoires, des appareils de gymnastique, des jeux de boules, de

quilles, des tirs à l’arc, à l’arbalète, à la carabine et au fusil de guerre, des mâts de cocagne, des terrains

pour la paume, des pistes pour vélocipèdes, un théâtre de marionnettes, une estrade pour des musiciens.

C’est qu’en réalité c’est bien un jardin public, celui qui servait aux jeux des ouvriers de toutes les usines; car

si pour chacun des autres villages: Hercheux, Saint-Pipoy, Bacourt, Flexelles, M. Vulfran avait décidé de

faire les mêmes constructions qu’à Maraucourt, il avait voulu qu’il n’y eût pour tous qu’un seul lieu de

réunion et de récréation où pourraient s’établir des relations générales, qui deviendraient un lien entre eux.

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